26/01/2026

Jusqu'à la nuit


Le poème
cette caméra rudimentaire
cette scène de papier où se joue des confidences
cet air d'un autre monde arrivé par la caisse à bretelles d'un colporteur
cette manière de boiter avec élégance, le sourire un peu lointain
cette flamme posée sur l'eau courante, et qui voguera jusqu'à la nuit


Chuta Kimura

18/01/2026

Paréidolies

 
Edward Weston

Valery Lorenzo


Je crois que l'art a commencé avec la capacité à reconnaître la forme d'une chose dans une autre. Reconnaître une représentation se base sur le fait que l'image ressemble à quelque chose qu'on a déjà vu, appris ou expérimenté. (Vic Muniz, Art Press 09/2004)

11/01/2026

Conseil des sages






L.D - déc. 2019 (assistance Corinne)

Autre titre possible, un peu moins optimiste: la dernière tache verte.

08/01/2026

En vrac (24) éloge, visites et invasion


Je m’appellerai Cheval gris, ou Elan noir, ou Marmotte violette. Et tandis qu’à la sortie de l’hiver mon âme de vieux mâle grincheux ne souhaitera plus qu’une chose, glisser vers la chaleur de la mer androgyne, je verrai les premières fleurs pointer leur nez à travers la neige de printemps, j’entendrai le corbeau mon totem déchirer le silence de son cri linéaire. Nous serons en mars, et tout en pétrissant la pâte pour le pain de la semaine, j'écouterai à la radio les péripéties d'un incroyable sauvetage spatial. La nuit, des avions clignoteront comme des dieux dans le ciel. Indien sur la réserve – une cinquantaine de kilomètres à peine avant la panne sèche – je profiterai d’un jour de mauvais temps pour affûter ma hache de paix, et aussi pour dire à la femme qui partage mes fourrures combien je l’aime. Oui, ce sera ça ma vie quand je serai américain.



Afin de marquer entre nous la disparition de Francis Hallé, ma fille m'a envoyé du Cambodge des photos d'arbres remarquables rencontrés là-bas. Dans le même temps, une lectrice du blog m'a fait part du vide qu'elle avait ressenti à cette annonce. Aura sansdoute aussi germé ce sentiment d'injustice à voir partir les gens biens tandis que des salopards décrépis, incultes et vaniteux s'accrochent au poteau (oui, je sais, on n'emploie pas le mot salopard à l'antenne.) Mais parlons plutôt poésie.

*

L'été... Parfois elle vient.
Et c’est comme si la vérité entrait chez nous
– à douze ans, l’étoffe prétentieuse de l’adulte n’est pas encore à votre taille.
Son vélo est appuyé contre un mur. Un vélo démodé, sans chichi.
De la morale, elle n’a pris que la part la plus légère à porter.
Les fâcheuseries de la vie la font rire. Elle vient ici pour les plantes. Pour goûter à la différence. Disparaître un temps aux yeux trop strictes du village.
Exploratrice tendre et menue, elle joue avec les chants d’oiseaux sur la balançoire de son rire.
Et relève le soleil qui a tendance à s’assoupir.
Mais la saison de sa venue dure à peine.
En partant, elle aura laissé dans la maison l’effleurement d’une main, sa simplicité vive
Le jardin lui aussi aura quelque chose de changé. Quelques fleurs en moins peut-être, mais dans la courbe des allées résonnera encore l’écho de sa visite joyeuse. Un grain d'espoir.

02/01/2026

Veux-tu (vœux 2026)



Pour cette nouvelle année, je vous souhaite d'être
comme des chevaux sauvages dans les collines.

 * Ch. Bukowski of course.
** photo L.D

28/12/2025

Soleil de bois


Nils Udo

Souvenez-vous bien que le bonheur est une question d'énergie.
(Robert Desnos)

20/12/2025

Finir l'année

    
     ... avec le sourire.

Arno Rafael Minkkinen


Alain Laboile

* Un grand merci à toutes celles et ceux qui sont passé(e)s ici une fois, dix fois, cent fois. Un blog n'est rien sans ses lecteurs.

16/12/2025

En vrac (23) plan plants, bois et picture spot


Je crois que le concept d'intelligence artificielle est né alors que l'être humain décidait que réfléchir et être libre s'avérait décidément bien trop fatiguant, et qu'il lui faudrait trouver des moyens de s'en passer, bonheur et confort mental oblige. (Avis d'un non diplômé en sociologie, mais les bras m'en tombent tout de même.)

Raymond Depardon


Faire part: je suis le père d'une forêt*. Oh, bien sûr ce n'est pas Fontainebleau, ni Tronçais ni Brocéliande, et ça n'a pas la colossité du projet de forêt primaire initiée par F. Hallé. C'est juste un bout de terrain laissé à la faune et flore sauvages, et où s'installe lentement la fameuse succession écologique, phénomène naturel de boisement que nous aidons un peu avec nos petits bras musclés. Cette année, j'y ai planté une trentaine de très jeunes arbres qu'il va falloir arroser plusieurs fois cet été: une dizaine d'espèces. Tendresse pour ces futurs bons vivants, pièges à carbone, régulateurs de pluie et de température – bref je ne ferai pas ici l'apologie des innombrables bienfaits des arbres. Je souhaite seulement que cette fille aux cheveux verts vive longtemps après moi.

*
Une histoire qu'un type bienveillant raconta à l'enfant seul que j'étais. C'est Mortimer qui se promène dans la campagne. Au détour d'un chemin, il aperçoit au fond d'un pré une vieille souche qui ressemble à un cheval. Amusé, Mortimer, s'en approche. Et plus il avançe, plus le doute s'empare de lui. Arrivé à quelque pas de l'endroit, il en a la confirmation: ce n'est pas une souche qui ressemble à un cheval, mais un cheval qui ressemble à une vieille souche et qui se dresse à présent péniblement sur ses pattes.


    Si on me donnait
    un vaste territoire chauve
    je planterai tant
    que le jour est long des arbres.
    A la fin de ma vie
    je serais le père d'une forêt. (Julos Beaucarne)