Tes mots ce matin-là
figurants
j'ai acheté des carottes fraîches
comme le sommet d'un jour
que tu venais d'atteindre
ces carottes fraîches que j'ai vues
atterrir sur la table
en pur état de la couleur
dans la conscience
dans le si peu de temps
qu'il nous restait à vivre
à nous aimer à ne rien faire
sinon les cuire
(Les carottes fraîches, Décharge / Gros textes)
. . . . . . . . . . . . . .
JOURNAL
D’UN JOUR
Aujourd'hui j'ai rencontré un homme
noir la quarantaine
seul habitant d'un abri-bus et qui chantait la Marseillaise
en des termes plutôt sibyllins
à la maison de moi parti – i – eu
le nour d'ivoire est fatrigué
plus tard dans la cuisine
j'ai marché sur un scarabée vert
– l'été on laisse la porte ouverte
cela a fait comme un bruit de biscuit sec écrasé
à la nuit tombée
j'ai dit non à un croissant de lune
qui voulait me faire croire aux dimensions du monde
et j'ai ouvert un livre
(inédit)
. . . . . . . . . . . . . . .
Tu plantes un arbre il t'arrive au genou
glorious day
tous les deux vous êtes à la bonne place
tous les deux vous êtes à la bonne place
(Autre chose qui compte)
. . . . . . . . . . . . . .
J'ai fait un rêve c'était l'été
Hiroshima n'avait jamais
été soufflée des grues cendrées
s'y posaient sur les arbres
et dans mon rêve plein de silence
et de torpeur il y avait
un joli cul pour qui j'avais
la plus durable des tendresses
et dans mon rêve une machine
à laver vous durait trente ans
et puis dehors il y avait
la mer des chèvres et des Gauguin
(inédit, * "I have a dream" Martin Luther King)
. . . . . . . . . . . . . . . . .
VOLIÈRE
Ara qui rit
ara qui pleure
qui pleure de rire
en nous voyant
parce que lui est beau
qu'il est beau naturellement
et que jamais il ne se prend
pour autre chose qu'un oiseau
(Comme en poésie n°60)
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