mercredi 2 avril 2025

En vrac (13) étier, ramure et gros sabots

Il est lent Rouge, il est lourd, chacun de ses pas est un exploit. C'est un vieux cheval de trait entravé par de puissants rhumatismes aux antérieurs. L'herbe rase du pré, le ciel blanc sont le décor de sa lointaine solitude. Souvent il se couche pour soulager sa misère, ou plutôt il se laisse tomber sur le flanc, impressionnant, tragique avant l'heure. Là, le soufflet de forge de sa respiration le dispute à ses pets immenses. Car il pète Rouge, à la face du monde qui l'oublie. Des chapelets interminables, à s'en pâmer d'aise.
Face à cette tonne de vie et de courage à qui je viens parfois tendre une carotte, à cet œil qui me fixe et n’aspire qu’à la confiance, mon apréhension du monde se fait beaucoup plus simple et clairvoyante. Il y a chez les animaux quelque chose qui nous surpasse, l’absence d’égo peut-être, et en même temps qui ouvre une piste à travers nos illusions.

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J'ai rencontré il y a peu le verbe feuiller, qui veut dire se couvrir de, faire ses feuilles. Il est certains verbes qui ont tout de suite quelque chose à dire.

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L.D - Le vent (pour une lecture de J.P. Abraham)


Une lecture de ce livre il y a vingt ans m'avait laissé dans une sorte de lassitude mêlée à de l'ennui. En tombant sur Le vent aujourd'hui, j'ai senti comme un courant d'air sur mon visage (psycho quand tu nous tient) et je l'ai relu. Est-ce moi qui ai changé (je doute que ce soit le livre!) ou bien ma vision du monde, ça je l'ignore. Toujours est-il que j'ai enfin reçu la balade de Jean-Pierre Abraham comme il se doit. En même temps qu'une leçon de poésie: les mots sont un outil banal, mais leur utilisation requière sagesse et humilité pour décrire ce que l'on ressent en même temps que ce que l'on voit. Pour faire d'eux une caméra du cœur. Un pull en bord de mer.

vendredi 28 mars 2025

C.S.O.

 


L'ombre a souvent pris son rôle à la légère, mais là elle s'est surpassée. Sauter deux barres d'obstacles posées au sol parmi des traces de sabots, avec pile poil l'empreinte d'un fer sous la semelle il fallait le faire. Et elle l'a fait, bravo.

samedi 22 mars 2025

De vrais airs de faussaire

 
On se souvient bien sûr de Clémentine Mélois qui par l'humour de ses couvertures* a rendu hommage aux grands de la littérature: Père et gay de Léon Tolstoï, Maudit bic de Melville, ou Les individus en situation de précarité de Victor Hugo pour n'en citer qu'une infime fraction. Il en est une pourtant qu'elle n'avait pas travesti, et c'était lui rendre hommage que de marcher dans ses pas le temps d'un plagiat.




(*) Lis tes ratures.
Aborde-t-on Hiroshima avec les enfants d'aujourd'hui comme on évoquerait un souvenir de vacances, un truc qui a à peine existé?
Comme disait la cousine Francine en découvrant nos dégâts: «Faites chier les mecs.»

mercredi 19 mars 2025

Batraciennes




À la mare, les grenouilles ont pondus leurs œufs, une sorte de boule gélatineuse remplie de lentilles (mexicaines) et flottant entre deux eaux (territoriales.) Je m'y connais moyennement en grenouilles (j'suis pas pépé la reinette) mais je sais qu'ici, même au plus fort de l'été on ne les entendra pas, elles sont du genre taiseuses. Dommage, car c'est sympa les grenouilles qui boucanent le soir, ça donne du charme aux fenêtres ouvertes. Il y a un type, un ziquos un peu fada, qui a tenté de traduire ça en notre langue: retour en enfance garanti.

*  Concernant les orientations picturales du peintre, on notera l'ajout du taille-crayon dans ses moyens techniques (mais sait-il seulement s'en servir, s'interrogera l'amateur d'art).

samedi 15 mars 2025

La cour

 
L.D

La cour, point de départ de tous les possibles...

mercredi 12 mars 2025

En vrac (12) Racines, freinage et cigales vertes

 
C'est un fait, mal justifié, l'humain va de plus en plus vite, s'enivre de vitesse et perd son temps dans des distractions sans cesse renouvelées, tente de supplanter la pensée par l'implacable rigueur des machines, leur confiant au passage ses problèmes de santé qui eux-mêmes génèrent une croissance économique exponentielle étant donné l'existence telle qu'elle jaillit des récents travaux publics de Poinçon et Wattmann d'un dieu personnel quaquaquaqua à barbe blanche quaqua hors du temps et aujourd'hui lorsque "Hou hou" fait le hibou, la lune lui répond "envoie ton 06, chéri."
Mais.
Mais les deux pieds sur le frein et le cœur au soleil.
Dans son coin. 
Faire la vaisselle à la main: ça laisse le temps de réfléchir un peu, de respirer, de chantonner, de rêver ou de tailler la discute.
Moudre son café: bonne odeur, bon karma, et puis comme c'est low food on en boit peut-être moins.
Faire son nid. Petit à petit. Sans frénésie. Modestement.
Revenir à ce qu'on a sacrifié au fil du temps: dessiner, marcher, compter les étoiles, revoir la Provence...
"Hou hou" fait le hibou qui s'avère être une chouette. Même qu'avant on la clouait sur la porte des granges pour faire joli.


Pierre Bonnard

Depuis longtemps je photographie le ciel, comme ça pour rien, et d'ailleurs tous les collectionneurs font ça comme ça: pour rien. Il faut dire qu'il est doué le ciel, qu'il vous en fait voir des couleurs et des formes, des profondeurs de ton, des dégradés, allant jusqu'à tracer des lignes droites dans ses bons jours et se renouvelant sans cesse (ah, c'est pas comme ces artistes qui ont trouvé un filon et qui l'exploitent à donf, mais on s'égare.) Bref, le ciel, ça fait des années qu'il remplit d'air mon disque dur, insaisissable, inexploitable. Mais je photographie également la vie des arbres – et l'avis des arbres c'est que nous sommes bien bêtes. Quand je serai vieux comme une écorce j'en ferai un livre. J'ai déjà le titre: Des arbres.

* Des mots extraits de En attendant Godot se sont glissés dans les miens, les bandits.

samedi 8 mars 2025

Les aïeux du collage


Hannah Höch


Georges Hugnet

Sans oublier Jacques Prévert, Max Ernst, Karel Teige, Jindrich Styrsky, Claude Pellieu et bien d'autres.
J'en profite pour souligner que la totalité des collages sélectionnés pour ces séquences sont tous des enfants de la colle et du ciseau, les numériques relevant à mon avis plus du photomontage.

mardi 4 mars 2025

Ready made



 
Le Ready made, cher à Marcel Duchamp, que l'on traduit par "prêt à l'emploi" ou plus judicieusement par "tout fait," nous met ici en présence d'une big bestiole gisant sur le dos, comme foudroyée par une bombe insecticide surpuissante, et qui semble s'être fossilisée dans son agonie. Un cauchemar dans le quartier.
(Orléans - 2012)