mardi 23 janvier 2018

Cathares


       Citadelles

Ton jean abandonné sur le sable: une mue presque parfaite et qui garde ton odeur. La plage est irréelle – comme un cadeau – déserte et ses yeux sont gris ciel. Tu nages dans le retour, le temps coule entre mes doigts.

Als Catars, als martirs del pur amor crestian... Ces fous de Dieu, qui construisaient des cathédrales avec l'herbe des chemins, les sangliers dans les forêts touffues, avec l'eau verte des fontaines et les oiseaux du crépuscule... Ainsi le monde était parfait, l'Eden sentait le thym, la résine et la pierre chaude. Des citadelles coulait, en cascades rayonnantes, le rire des femmes comblées.

La vague tendre à tes hanches a éteint tous les bûchers, tu trembles un peu dans la serviette. Un couple au loin approche, qui longe le rivage: le miroir nous amuse.

(publié dans Décharge n°160, version légèrement différente)


photo L.D (Sète)

* Plutôt qu'illustrer le poème avec un chateau cathare, j'ai choisi une photo perso datant grosso modo de son écriture. Je me souviens aussi que je lisais alors Henri Gougaud.

dimanche 21 janvier 2018

Re-connection


En 1994 paraissait au Seuil une intégrale de l'œuvre poétique d'Aimé Césaire. Large bouquin, donc, et qui commence ainsi:

La poésie est cette démarche qui par le mot, l'image, le mythe, l'amour et l'humour m'installe au cœur vivant de moi-même et du monde.
Le poète est un être très vieux et très neuf, très complexe et très simple, qui, aux confins vécus du rêve et du réel, du jour et de la nuit, entre absence et présence, cherche et reçoit dans le déclenchement soudain des cataclysmes intérieurs le mot de passe de la connivence et de la puissance.

Et puis comme s'il fallait revenir à des propos moins intellectuels:

En nommant les objets, c'est un monde enchanté, un monde de monstres, que je fais surgir sur la grisaille mal différenciée du monde; un monde de puissances que je somme, que j'invoque et que je convoque. 
En les nommant, flore, faune, dans leur étrangeté, je participe à leur force; je participe de leur force [...]

Suivent 500 pages de poésie qui tentent de reconnecter l'homme aux choses essentielles. Ce que tentent également de faire agro-écologistes, permaculteurs, éco-villages, écopreneurs*, éco-constructeurs, initiateurs de développement durable,... L'action poétique est donc très loin d'être seule en scène, mais c'est un autre débat.

En guise d'illustration au billet, la fleur permaculturelle initiée par David Holmgren:


* Ecopreneur est, je crois, un néologisme inventé par Benjamin Broustey.

jeudi 18 janvier 2018

Ouvrez tout !


Ouvre: poème de Edmond Haraucourt (1856-1941), musique de Laurent Rualten, chanté ici par Rémo Gary (alias Remi Garraud), enregistré pour le livre/disque Ponchon et Cie paru en 2012 chez Jean-Pierre Huguet éditeur. Voilà vous savez tout! Ah non, au piano Nathalie Fortin qui a également (entre autre) accompagné Gilbert Lafaille.
Ouvrez tout, poussez les murs, la faim et laissez entrer le bonheur et la vie...




Ouvre les yeux réveille-toi
Ouvre l'oreille, ouvre ta porte
C'est l'amour qui sonne et c'est moi
Qui te l'apporte

Ouvre la fenêtre à tes seins
Ouvre ton corsage de soie
Ouvre ta robe sur tes reins
Ouvre qu'on voie

Ouvre à mon cœur ton cœur trop plein
J'irai le boire sur ta bouche
Ouvre ta chemise de lin
Ouvre qu'on touche

Ouvre les plis de tes rideaux
Ouvre ton lit que je t'y traine
Il va s'échauffer sur ton dos
Ouvre l'arène

Ouvre tes bras pour m'enlacer
Ouvre tes seins que je m'y pose
Ouvre aux fureurs de mon baiser
Ta lèvre rose

Ouvre tes jambes prends mes flancs
Dans ces rondeurs blanches et lisses
Ouvre tes deux genoux tremblants
Ouvre tes cuisses

Ouvre tout ce qu'on peut ouvrir
Dans les chauds trésors de ton ventre
J'inonderai sans me tarir
L'abîme où j'entre

Ouvre les yeux réveille-toi
(idem 1ère strophe)


PS: je ne peux m'empêcher de re-citer Giono: "Ouvre-toi, ouvre-toi, le bonheur et la joie sont là qui veulent entrer" (in Le serpent d'étoiles)

samedi 13 janvier 2018

Classer


Si l'on se réfère à la belle philosophie du yin et du yang, l'humanité fonctionnerait sur des dualités, la plus répandue étant les nantis d'un côté et les pauvres de l'autre. En voici une autre, toute aussi proche d'une vérité objective: d'un côté ceux qui s'ennuient dans leur conformisme et de l'autre ceux qui s'ennuient dans leur anticonformisme.

photo Elliott Erwitt

samedi 23 décembre 2017

Décroissance (pot-pourri bis)


sculpture Marie-France Guarneri


"Si les hommes avaient mis le bonheur au dessus de tout, ils seraient restés poissons ou même moins." Pierre-Albert Birot


"Le sens de la vie c'est la célébration de la vie." Cristian Bobin


photo Jean-Luc Mylayne

mardi 19 décembre 2017

Croire en l'homme (pot-pourri)


Jérôme Bosch


Humanisme: philosophie qui place l'homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs (dixit Larousse)


La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et c'est pourtant la plus grande de nos misères. (Blaise Pascal)


Fred