samedi 18 novembre 2017

Retour à l'humain

   
   Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m'ennuient, ils ne m'apprennent rien; ce qu'ils racontent ne me concerne pas, ne m'interroge pas et ne répond pas d'avantage aux questions que je pose ou que je voudrais poser.
   Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l'évident, le commun, l'ordinaire, l'infra-ordinaire, le bruit de fond, l'habituel, comment en rendre compte, comment l'interroger, comment le décrire? [...]
   Ce qu'il s'agit d'interroger, c'est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment? Où? Quand? Pourquoi?

Georges Perec, extrait de L'infra-ordinaire


photo Léa Sabourin

2 commentaires:

  1. En fait, Pérec est un sacré poète, toujours en recherche par rapport à la langue et à l'humain, justement...

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    1. Un poète hélas n'est jamais vraiment compris ni pris au sérieux... (Ce texte date de 1973, il aurait pu être écrit aujourd'hui)

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