vendredi 17 février 2017

Trois mondes


Donne ta main j'ai ton avenir donne...

J'avais gentiment décliné l'invitation pour qu'elle s'écarte. Comme elle insistait, j'avais alors malicieusement caché mes mains dans les manches de mon pull-over, écopant aussitôt d'un regard froid, avant que dans mon dos elle n'accoste une autre fortune.

Qu'aurait-elle vu dans ma paume ouverte que je ne savais déjà? Qu'aurait-elle, de sa belle science, deviné d'un avenir que j'avais débarrassé de toute attente inutile, de tout désir de possession?

Donne ta main j'ai ton avenir donne...

Elle et moi n'avions pas la même faim, ne donnions certainement pas non plus le même sens au mot bonheur. Elle devait être autant gitane que moi plombier, mais je reconnais qu'elle avait de l'allure dans son costume d'espoir. Et la grosse banque en marbre gris devant laquelle elle officiait ce jour-là sentait bien plus mauvais qu'elle.

Si je n'avais été qu'une cible de passage parmi des centaines d'autres, elle, ayant pénétré ma vie plus profondément, m'avait sans le vouloir fait l'aumône de sa réalité. Image non biblique certes, mais qui avait le bon goût de n'être qu'un petit mensonge.


Man Ray - Les mains de Robert Desnos

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire