mercredi 22 juin 2016

Yannis Ritsos (2)


À force de lire "ses" poètes, on doit finir par croire – mais c'est folie – qu'ils s'adressent directement à nous. J'ai pu ressentir ça à la lecture de l'ultime recueil de Yannis Ritsos, où tout en faisant le point sur son regret de devoir finir, il tente une dernière fois de passer le relais: toute rencontre est digne d'un poème, toute lumière aussi. La vie n'est faite que de réel, où chemine l'utopie...


Ah, oui, ça vieillit aussi, et les statues, et les poèmes.
Beaucoup avaient pris part à cette histoire –
gens, bêtes, enfants, fleuves, arbres,
garçons et filles en moto, deux canards blancs,
le fou taciturne avec un mégot et une biscotte;
c'était alors un midi d'été doré et dans l'air voletaient toutes brillantes
les plumes d'une poule égorgée,
et la tante Evanghélia épluchait des haricots dans la cuisine,
et un grand papillon s'est posé sur la salière.
[...]


Je n'ai, dit-il, pas le temps. Je n'ai pas le temps. Arbres, maisons,
montagnes, oiseaux, fleuves, lumières, un papillon blond,
une fenêtre au petit rideau blanc,
un cheval accablé sur le pont en bois,
un garçon aux cils en extase:
tous me font signe un instant et disparaissent. et ils me laissent
tout seul, aveugle et sourd-muet sur le faîte du monde.


Une plume blanche
d'oiseau de passage
est tombée dans les épines –
un monde infime,
tout entier le monde.

          Tard, bien tard dans la nuit, Le temps des cerises 2014
          trad. Gérard Pierrat & M-L Coulmin Koutsaftis


Comme des lions en pierre à l'entrée de la nuit, d'Olivier Zuchuat

2 commentaires: