vendredi 19 février 2016

Jean L'Anselme


      LA RONDE AUTOUR DU MONDE

      si tous les papas du monde
      voulaient se donner la main
      et puis tous leurs enfants
      et puis tous les poètes
      et puis toutes les petites chiennes
      avec leurs petits chiens
      et puis tous les pauvres pauvres
      qu'ont pas de biens
      si tous ensemble en cœur
      on se donnerait la main
      ça ferait un petit train
      et alors qu'on s'amuserait bien
      et puis comme on s'amuserait bien
      on oublierait le pain
      ça ferait de l'économie pour ceux qui auraient faim
      et puis comme on se donnerait la main
      on pourrait rien en faire pour se battre
      comme ça les gens mourraient moins
      le premier il fumerait la pipe
      pour que ça fasse un vrai petit train
      le premier il faudrait que ce soit un grand-père
      et le dernier une vraie maman
      qui a beaucoup pleuré
      parce que son enfant
      on l'a enterré
      avec ses yeux rouges
      elle ferait le feu rouge
      et puis elle oublierait.

                     (L'Arme à gauche, 1949)


Hannah Höch

6 commentaires:

  1. Le poème de l'Anselme est très cruel, finalement...

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    1. Oui, et le message est clair: l'adversité devrait être la seule à nous créer du tourment.

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  2. Merci pour ces deux derniers posts (L'Anselme et Apollinaire), très noirs et très lumineux...

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