mardi 27 janvier 2015

Ricochets


Comme tout le monde j'ai lu Lettres à un jeune poète. Ce fut vers l'âge de vingt cinq ans je crois. Beaucoup plus tard j'ai découvert un poète nommé Bernard Lorraine. Et ce monsieur, à qui l'amour du pays commanda jadis d'emprunter son pseudonyme à sa province, a fait le pari de résumer cette correspondance de Rainer Maria Rilke en quatre vers:

                                                                            Écrire

                                                                     Tu veux écrire?
                                                                     Alors, tais-toi,
                                                                     prends ta plume
                                                                     et gratte!


Photo L.D


J'ai suivi le conseil de Lorraine à la lettre. Je me suis tu; et j'ai tant gratté pour écrire qu'il m'arrive de penser que je n'étais pas fait pour ça. Tenez, à force de gratter, j'ai même fini par apercevoir le bois de la table!

Et vous, c'est comment chez vous? Ça vient tout seul? Ça coule sous la plume comme coulaient par myriades les dessins sous le fusain de Picasso?... Tas de veinards. Ou alors vous êtes comme moi, et vous vous dites qu'il faut être ou cinglé, ou foncièrement prétentieux pour gâcher tant de temps à produire des choses que si peu liront.

Dans le meilleur des cas vous n'écrivez pas mais vous lisez de la poésie, persuadés que tant d'efforts méritent une réelle attention et qu'il y a là quelque chose à gagner, à comprendre, à partager. D'ailleurs, une idée est à prendre et je vous la livre ici: écrivez donc Lettres à un jeune lecteur !... Parce qu'on oublie un peu trop, en poésie, que derrière chaque recueil il y a deux yeux qui nous écoutent. Qui prennent du temps pour ça. Qu'on leur doit beaucoup.

10 commentaires:

  1. écrire : vaste sujet qui ne prend forme que quand la nécessité s'impose, lire : l'autre versant ou l'autre côté de la route savoir si c'est sens unique alors là je ne sais ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un auteur non lecteur serait un non sens. Le contraire est beaucoup plus sain.

      Supprimer
  2. une très belle lettre à une lectrice de Lucien Suel ici : http://academie23.blogspot.fr/2009/07/lettre-une-lectrice.html
    krrr.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme quoi aucune idée n'est vraiment neuve...
      Merci pour cette belle lettre de Suel.

      Supprimer
  3. Voilà un billet "musclé" qui met bien en lumière l'étroite relation qui existe entre l'écriture et la lecture...
    Si on maîtrise (relativement) la première phase, il n'en est plus de même quand le poème s'en va à la rencontre du lecteur/de la lectrice. Part de hasard, de mystère, de je-ne-sais-quoi...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le troisième larron de la fête s'appelle éditeur. C'est donc une équation à 3 inconnues. Et comme on dit à la FDJ: une chance au grattage, une chance au tirage...

      Supprimer
  4. J'imagine une société dans laquelle nous pourrions voir affiché dans les lieux publics des messages tels que:
    Veuillez garder un œil émerveillé sur le monde.
    Ici nous servons le café avec un livre. Vous pouvez laisser un pourlire ou un pourboire au serveur.
    Merci de taguer les murs des toilettes en Alexandrins.
    Le prochain train partira à l'heure, Quai Arthur Rimbaud, voie Jacques Tati. N'oubliez pas de composter vos œuvres.
    Pour toute réclamation, veuillez chanter votre complainte à l'accueil.

    Continuez de gratter SVP.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sans oublier la marguerite à la boutonnière du chef de gare...

      Supprimer
  5. Comment c'est chez moi ? De la rature, essentiellement.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ou la partie immergée de l'iceberg.

      Supprimer