dimanche 23 novembre 2014

Les prés verts


          Rain song (J. Prévert)

          Rain rain rain
          il pleut des cats
          il pleut des dogs
          il pleut des boys et des girls
          il pleut des reines et des putains
          des chiens savants
          des chats rouquins

          Rain rain rain rain
          green green green green
          green frog frog green
          It's raining napalm
          bombs and baïonnettes
          It's raining
          blood and death
          Il flotte il flotte
          tout time tout l'temps

          Rain rain rain rain
          et pluie et pluie
          et puis et puis...
          Et puis love dream
          smile et sunshine
          de time en temps.


Pourquoi reprendre sur un blog un poème archi connu (tellement connu, tellement vu qu'on ne le voit plus) et chanté plus d'une fois – et tellement bien par Catherine Ribeiro – ? On a tous au fond du cœur quelques poèmes chéris, de ceux qui nous ont un jour donné l'envie d'écrire et qui sont sans qu'on y pense les vraies fondations de notre propre projet. Alors oui, je prends plaisir à recopier celui-là (je l'avais déjà fait dans un carnet où je garde manuscrit ce qui me touche le plus).
Rain song, c'est la désespérance dans les bras de l'humour. C'est l'universalité de l'anglais pour dire des choses universelles. C'est le vert de l'Irlande vu par les bombes de Belfast. C'est la tranchée boueuse, la "petite fille en flammes" (Nougaro), le micro de Martin Luther King, la kalachnikov qui tire dans le tas, le soleil amer sur la Yougoslavie en larmes... Ce sont les chats pénards qui se prélassent lorsque dehors il pleut très gris, et qui se fichent pas mal de savoir si la bourse est en baisse ou en bien hausse. Et ce sont tous nos amours, inuits corps contre corps, avec nos mains qui savent y faire, nos infidélités aussi parfois – mais tout plutôt que blood and death – et c'est bien sûr un beau sourire dont parfois on ne revient pas.
Sous cette pluie presque indigente, la poésie nous fait tenir: it's a flower sur un dunghill.



Photo L.D

6 commentaires:

  1. Merci, Laurent, pour ces mots bien chauds...

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    1. C'est le cœur qui a froid, Mario... (J. Bertin)

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  2. la poésie est la compagne de tous les moments, des mots qui ne mentent pas.

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    1. Des mots, et aussi la vie avant les mots...

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  3. On a tous au fond du cœur ... de ceux qui nous ont un jour donné l'envie d'écrire. C'est tellement vrai et cela réchauffe comme dit Topa.
    Pour ma part, il y en a un, lu par une prof quand j'avais 16 ans, mais c'est trop flou dans ma tête. Un homme, une femme au bord de l'eau (un fleuve ?). Des difficultés à s'aimer. Arrive un enfant. L'eau est troublée ... Quelques onomatopées ... L'enfant ou l'homme ne sait pas. Il dit Oh !... D'autres onomatopées. Prévert, Eluard. De Nerval ? J'aimerais bien le retrouver. Sous son apparence de facilité, il disait une sorte de mystère ... et de beauté. Je le retrouverai peut-être un jour, peut-être pas. La poésie fait des surprises !

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    1. On ne dira jamais assez l'importance des profs de français.

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