dimanche 26 octobre 2014

La Renommée


Photo L.D


Un jour tu découvres tes initiales sur un piano, et tu te dis: la voilà, c'est elle qui pointe son nez, la Renommée.
Et puis tu joues Lettre à Élise, la main droite seulement, et tu te marres, et ton égo se marre avec toi, et vous vous dites en sourdine que la Renommée est une salope qui couche vraiment avec n'importe qui – mais toi tu penses attendre autre chose, autre part, autrement. D'où la question pourquoi danser, peindre, écrire, composer... La solitude arrive toujours avec une bonne réponse, celle de Ferré par exemple: «Le désespoir est une forme supérieure de la critique.» Et là, subitement, tout s'éclaire: tu écris parce que comme tous les menteurs de ton espèce, tu éprouves quelque part un sérieux manque d'amour. Voilà, c'est ça: la Renommée est une forme de libido exacerbée. Le prix à payer?... En années de travail il paraît exorbitant.

À noter: dans le n°59 de Comme en poésie, Dan Bouchery a demandé à des poètes de répondre à la question "Les poètes sont-ils des gens ordinaires?"

10 commentaires:

  1. Bon, voir les réponses de Brassens et de Queneau sur la renommée ou la postérité !...
    Ce sont des encouragements à poursuivre notre route, non ?...

    Pour la question de Dan, j'y ai répondu moi aussi et j'ai programmé un billet "bilobesque" sur le sujet à paraître très bientôt...

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    1. Ta réponse à Dan Bouchery est fameuse.
      Quant à la Renommée, une voyante m'a prédit qu'elle viendrait après ma mort. J'ai donc repris le sport, je ne sucre plus mon café et je soigne mes radicaux libres.

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  2. la lucidité est la blessure la plus proche du soleil a écrit René Char, l'amour la dedans a une place centrale, avec la mort, en attendant avec Aragon : "je chante pour passer le temps petit qui me reste de vivre..." que Léo a mis en musique...

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    1. Renommer la vie, c'est peut-être ça le vrai projet.

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  3. On mettra sur sa tombe:
    "A force de vouloir vivre, il a fini par mourir."

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    1. La poésie c'est comme le Tour de France, il y a d'abord les vedettes, ensuite vient le peloton de tête, puis la masse compacte, et enfin ceux qui un à un vont tomber dans les côtes. J'oubliais ceux qui n'ont pas pris le départ (mauvais vélo, mauvaise casquette, pas de chance quoi...)

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  4. Dan est bien indiscrète. À quoi ça rime de tirer les vers du nez aux poètes ?

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    1. Ça rime à rin.

      (signé: la môme néant)

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  5. Jean-Michel Robert29 octobre 2014 à 02:24

    J'en suis moi aussi à peu près là quand je joue pendant des heures les mêmes accords de guitare pour chanter le même blues. On pourrait ajouter de Ferré : " Quand les bêtes sauront qu'on les met dans des plat..."

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    1. J'ai appris la guitare alors que j'étais maçon. Jouer de la bossa-nova avec les doigts gourds, c'était très dur...

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