lundi 24 février 2014

Jean-Jacques Celly


              BLANC

            Picasso s'évapore et Mozart se dilue
            dans la gadoue commune:
            tout reste dans le rang.

            Suspecte l'écriture
            nous montre ses dessous:
            rien que gel et gerçure,
            de la poudre à mourir,
            en blanc et sans témoin.

                                Vers la blancheur du seuil, 1999
 

Chez les bouquinistes, le hasard vous fait parfois de jolis petits cadeaux. Cette fois, un recueil édité par Jacques Brémond – c'est déjà pas si fréquent que ça traîne – et qui plus est pas encore coupé (donc pas lu, abandonné.) Beau papier bien sûr (Dali grainé ivoire, c'est écrit dans le colophon) et imprimé au plomb. Mais surtout l'auteur, Jean-Jacques Celly. Bien sûr, c'est pas du tout cuit, on frise souvent l'abstraction, un peu comme si l'on marchait dans une expo de Nicolas de Staël ou d'un Pierre Soulage première période. Et tout ça pour un euro. Avec le sentiment d'avoir sauvé un exemplaire de l'humidité, des rats et du mildiou.*




             



* Désolé, j'étais à court de vocabulaire. Mais je vais sauver la mise en parlant de ce petit rouge du Ventoux que je dégustais tout en lisant. (Monsieur Brémond si tu m'entends, offre donc une de ces bouteilles avec tes livres...)

6 commentaires:

  1. Tu es un fouineur de première !...
    (Jacques Brémond est venu plusieurs fois au "Printemps de Durcet" mais il n'est pas prévu cette année. Dommage !)

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    1. Bouquet gourmand et frais
      de fruits rouges et noirs
      mêlés d'épices.
      C'est un vin friand et franc
      à la texture vineuse
      terriblement gouleyante.
      Les fruits noirs et la garrigue
      nous vendent du plaisir.

      – ça, c'est le poème sur la bouteille!

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  2. Très étonnant : alors que je cherchais un livre de Monique Domergue, pour y retrouver un poème où il devait être question de lavandières, j'ai mis la main sur Totems, de Jean-Jacques Celly. Il y a là aussi un poème qui parle de lavandières. « [...] LE LAVOIR, où l'on vient faire dégorger le linge lourd des ténèbres, la crasse fil à fil tissée en haute lisse et la sueur surtout, la sueur comme un songe de tout le corps plié.»
    Pour ne pas laisser Celly seul, un passage de Monique Domergue, dans Propos de vieilles femmes* : « Elle avait posé sa voix sur la pierre de l'évier et la parole coulait comme l'eau vive, mince filet inlassable et atone.»
    * Deux recueils chez Jacques Brémond dont il faut encourager l'exceptionnel travail de découvreur et d'artisan du Livre.

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    1. J.Brémond est le Gepetto de la littérature: chacun de ses livres est un pantin qui prendra vie pour peu qu'on l'aime...

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  3. Donc l'écriture: des balles à noir sur fond blanc

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    1. Une lucidité mortelle. Mais l'humour sauve de tout, dit-on...

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