jeudi 26 juillet 2012

Matrice

     J'ai coudoyé, une fois, trois paysans face au lit de mort de leur mère. Et certes, c'était douloureux. [...] Mais je découvrais aussi, dans cette rupture, que la vie peut être donnée une seconde fois. Ces fils, eux aussi, à leur tour, se feraient têtes de file, points de rassemblement et patriarches, jusqu'à l'heure où ils passeraient, à leur tour, le commandement à cette portée de petits qui jouaient dans la cour. 
    Douloureuse, oui, mais tellement simple cette image de la lignée, abandonnant une à une, sur son chemin, ses belles dépouilles à cheveux blancs, marchant vers je ne sais quelle vérité, à travers ses métamorphoses [...] Ce qui se transmettait ainsi de génération en génération, avec le lent progrès d'une croissance d'arbre, c'était la vie mais c'était aussi la conscience. Quelle mystérieuse ascension! D'une lave en fusion, d'une pâte d'étoile, d'une cellule vivante germée par miracle nous sommes issus, et peu à peu, nous nous sommes élevés jusqu'à écrire des cantates et à peser des voies lactées.
 Saint-Exupéry, Terre des hommes

Ces quelques lignes sont tirées de la huitième partie intitulée "les hommes", chapitre trois. Une dizaine de pages à relire dans leur entier, tant elles semblent éprouver le monde d'aujourd'hui.

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