samedi 21 juillet 2012

Double vie

  
    Au travail, je me dévoile peu. je suis prudent comme un chat. A quoi bon parler littérature avec mes collègues, mettre le doigt sur ce détail qui nous différencie, cette petite chose qui fait vaguement sourire, qu'on sait mal partager? Chez les artisans, l'artiste ne trouve guère sa place. Impulsif, imprévisible, fainéant, jamais complètement professionnel. Quatre raisons de se méfier... D'ailleurs ce qui tente d'échapper à la matière et à la main, tout ce qui n'est pas entièrement ramené au geste fait plutôt peur. A fortiori dans le bâtiment... On parle fort dans le bâtiment. On ne donne pas dans la dentelle, on se méfie. Donc je me méfie... Motus côté littérature... Le gros œuvre, le béton, les soubassements, c'est la lie pour les artistes. C'est le piège pour les artisans.
    On trouve de tout dans le bâtiment, des fous, des génies, des arabes, des cons et des héros. Mais très peu d'écrivains, très peu.

Yves Bichet, La gestion des arrondis.


Photo L.D

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