samedi 16 juin 2012

L'homme qui plantait des phrases

Il ne marche plus dans son pays natal depuis longtemps. Mais vous le rencontrerez peut-être un jour, qu'importe où vous serez, en glissant vos pieds meurtris dans un gué de fraîcheur, en suivant de vos yeux plissés le vol libre d'un busard... Et puis peut-être au matin de votre dernier jour, en surmontant votre frayeur pour accepter la nuit.
Il n'a jamais trempé sa plume ailleurs que dans l'eau des fontaines... A l'heure de la dégradation, on se souviendra de ses mises en garde. Oui, il a parlé de la terre avec amour. Mais il a aussi allumé quelques bâtons de dynamites entre les dents des solitaires. Car il savait qu'en arpentant l'intelligence du cœur, l'homme se condamne à des chemins déserts.
Il a aimé les bêtes, les arbres et la cuisine profonde. Sans doute cela lui a-t-il été rendu au centuple. Après tout, il n'était qu'un homme – de Cromagnon?– qui respectait trop le mystère des choses pour prétendre à les résoudre.

Et puis il a écrit cette phrase: "Ouvre-toi, ouvre-toi: le bonheur et la joie sont là qui veulent entrer. "(Le serpent d'étoiles)  Giono plantait des phrases. Faute de planter des arbres.  


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